REBELLION
Je suis allé cette semaine chez lui. Je veux dire en bas chez lui. Comme à un pélerinage grotesque. Devant sa porte, j'ai attendu et regardé longuement cette rue dans la quelle je ne viendrai plus. Je suis entré à l'intérieur et j'ai fixé sa boite à lettres. Dans un accés de bêtise ou de détresse j'ai photographié tout ce qui était photographiable de cet intérieur : la boite, son interphone, son nom, l'escalier. Je voulais garder un souvenir de tout ce qui m'a été retiré. Pour me rappeler cette nuit cauchemardesque.
En moi grondait une colère froide, un accés de raison mélé à la douleur. Je l'imaginais rentrant ou sortant avec un autre mec. Un mec qu'il baiserait, à qui il dirait des mots tendres dont il m'a privé. Je l'imaginais soulagé de s'être débarrassé de moi, son ultime acte que je maudis. Je comprenais soudain au vu de son silence permanent depuis la rupture, alors que je n'ai cessé de lui crier mon amour, que la boucle devait être bouclée.
Je passe mon temps à pleurer et à mourir à petit feu pour un mec qui s'en fout royalement de ma gueule. Bien sûr il a prétendu ne pas vouloir me faire de mal; il a même réussi à me faire douter de cette situation que je n'ai pas souhaité. Alors pourquoi son âme si charitable ne fait aucun effort pour donner signe de vie, si ce n'est justement par mépris et indifférence? Il doit bien rire de là où il est.
C'est donc pour cet homme que j'ai perdu trois ans de ma vie à me morfondre, à regretter mes actes passés, à vivre dans le souvenir pour ne pas vivre le présent? Que j'ai refusé d'aimer? L'homme vers qui j'étais revenu avec la promesse tenace d'être honnête? Tout cela pour qu'il change du tout au tout en un jour et qu'il me chasse comme un malpropre? Il disait "je t'aime"....Tu parles, tu parles!
"Non E. je ne suis pas la victime de la société comme tu le crois. Je me maudis seulement d'y avoir cru dur comme fer à cet amour renaissant. De mettre rabaissé tel chien pour te prouver combien je tiens à toi. Tu m'as coupé les ailes mais pas ma foi. "
Maintenant je sais que de cette débacle je dois retirer au moins un point positif, si ce n'est plus pour avancer. Primo, j'estime que dorénavant nous sommes à égalité dans le degré de ruptures faciles: ce qu'il a vecu auparavant, je le vis maintenant. Bien que mes motifs d'alors étaient bien plus profonds et plus graves. Et de cela il n'en saura rien. Segundo il a ranimé un désir d'aimer que je pensais mort. Il a ouvert une porte qui ne va pas se refermer. Dorénavant je sais que je peux aimer; je sais que le monde est vaste et qu'il y'a des êtres bien plus prêts à donner et recevoir sans jouer ce jeu stupide du silence, du mépris et de l'orgueil.
L'ironie du sort est nous nous sommes retrouvés à jouer les mêmes scènes qu'il y'a 3 ans. Sauf que les rôles sont inversés.
Alors je le laisse maintenant face à ses actes et je souhaite qu'il comprenne qu'aimer ce n'est pas juste de bons moments de baise mais aussi accepter l'autre avec ses qualités et ses défauts même dans une joute futile comme il dit si bien.
Enfin je vais pouvoir revivre.....
24/03/07 - 09:31
Comme toujours, un texte magnifique...
Je me suis retenu de faire ça, ce genre de pélerinage morbide et ridicule. Pour quelqu'un qui, finalement, n'en vaut pas la peine.
Si tu ne le connais pas déjà, je te conseille le livre de Sophie Calle, Douleur Exquise...
orfeo